Le racisme, non seulement c’est naturel, plus encore, c’est efficace.

Vous voulez déprimer sur la nature humaine? Éradiquer à la tronçonneuse le brin d'herbe rousseauiste qui pousse encore en vous?

Les enfants de 6 mois préfèrent les enfants de leur propre couleur. C'est ici: Vittrup 2006

 

Les adolescents des lycées multiraciaux choisissent plus leurs amis en fonction de la couleur de peau que ceux des lycées avec des écrasantes majorités raciales. C'est ici: Moody 2001

 

Les enfants noirs élevés dans la fierté raciale réussissent mieux que les autres, élevés dans le multiculturalisme. C'est ici: Harris-Britt 2007

 

J'arrête pour l'instant.

Bon, maintenant, on fait quoi contre le racisme, à part faire chanter des millionnaires et stipendier des curés de l'antiracisme qui prêchent une foi qu'ils ne comprennent pas?

 

 

PS: je cherche en vain depuis un an les références d'une étude danoise démontrant que la sensibilité des enfants aux émissions leurs étant destinées est corrélée à la couleur de peau des personnages. Si quelqu'un retrouve ça…

Cri d’Europe: tout sauf la réelection de Barack Obama!

Un soupçon paranoïaque en 2008 devient raisonnable en 2012: l’indifférence pour l’Europe de Barack Obama est-elle de nature ethno-culturelle?

2012, quatre ans que Barack Obama dirige les États-Unis, volens nolens le Congrès. En politique internationale, dans le peu d’initiatives prises -rarement prix Nobel de la Paix fut autant usurpé- , il faut constater la disparition à l’agenda du volet « Europe ». Ce n’est pourtant pas les occasions de coopérer qui ont manqué: est-ce alors (1) qu’un homme ET noir ET de père kenyan ET mère tiers-mondiste ET grandi en Indonésie puis à Hawaï  ne dispose pas de l’affectif nécessaire pour préserver une relation pluriseculaire?

Cette semaine un nouvel épisode du désengagement américain en Europe a eu lieu: l’abandon complet du projet de défense anti-missiles en Pologne (2). Avec l’indifférence vis-à-vis de la Géorgie, choyée par son prédécesseur, le désengagement de Bosnie comme du Kosovo -problèmes loin d’être réglés- et un rapport (3) dénonçant les pratiques « islamophobes » des laïcités européennes, les Europeens déchantent. Ils étaient pourtant 70% à le plébisciter pour sa campagne de 2008… Cruelle hypnose d’électeurs immatures.
Si le réalignement stratégique des USA vers le Pacifique est dans l’ordre des choses, avec la montée des tensions en Asie (Mer de Chine, Birmanie, Indonésie), le manque d’égards pour les partenaires européens est criant: la Pologne a appris sans préavis, par Wikileaks, la décision américaine, et ce alors que la Russie donne des signes de raidissement (voir la revendication d’une attaque de la Géorgie préparée, et non en suite à l’intervention de Saakashvili en Ossétie (4)). Pologne, fidèle allié en Irak comme en Afghanistan, la leçon est rude à Varsovie, qui désespérée demande un projet de remplacement à Allemagne et France tout en soutenant ouvertement Mitt Romney (5).

La gestion de la crise financière est le deuxième volet illustrant la déchirure transatlantique. Dans un premier temps, George W.Bush a apporté son maigre soutien à l’initiative de Sarkozy de l’automne 2007, stoppant l’hémorragie. Mais par la suite, impossible de dissuader les américains d’exporter la crise en Europe: en choisissant la planche à billets, l’Euro s’est trouvé sous pression alors même que les entreprises de la zone suffoquaient sous la hausse des taux d’emprunt liée à la crise de confiance interbancaire. Le président Obama, chéri des européens, a ainsi plongé l’Europe dans une crise économique puis politique, car celle-ci dispose d’institutions trop faibles, mal coordonnées et au final des nations peu solidaires au moment de vérité.
Ce scénario n’était pas inconnu d’Obama: Stiglitz et les économistes anglo-saxons n’ont cessé de l’évoquer depuis la création de l’Euro (6).
Cette indifférence a-t-elle été compensée par un activisme vis-à-vis du dumping des pays émergents, singulièrement la Chine? Le président américain n’a pas osé tenter le bras de fer: les USA ne disposent-ils pas des armes suffisantes (monnaie, protectionnisme) pour y faire face? Laissons donc l’Europe à son sort!
Même lors des sommets sur le réchauffement climatique Obama nous a plantés, ouvrant massivement la voie aux gaz de schiste.

Le scénario eut-il été différent si un président blanc avait été élu? Ici, gare aux égarements: les USA ont toujours défendu leur intérêt sans tergiverser. Mais l’Alliance des Démocraties (7) proposée par le challenger John McCain aux Européens montrait chez cet homme un intérêt stratégique pour les alliés « naturels » des Américains. On peut laisser tout le bénéfice du doute à Barack Obama, il n’empêche qu’il ne nous considère plus comme ses alliés « naturels ». Et que veut dire « naturel » sinon partageant une solidarité ethno-culturelle? Je ne dis pas une solidarité des valeurs à dessein: si les « valeurs » primaient dans l’alliance euro-américaine, alors la ségrégation raciale, l’initiale réticence à la création d’Israël, la forte religiosité, la peine de mort, la démocratie indirecte, la légalité de l’intervention en Irak et tant d’autres auraient condamné notre alliance.
C’est que celle-ci repose sur notre ressemblance, culturelle comme ethnique, et ce critère est aussi sulfureux que déterminant.

(1) les « ET » s’ajoutent, car aucun facteur seul ne peut être tenu pour déterminant, notemment le facteur racial: un noir de Louisiane a sûrement plus d’accointances avec l’Europe qu’un blanc de californie; désormais, 20¨% des Américains se déclarent d’origine américaine, signe que l’éloignement de l’Europe dépasse la personne de Barack Obama.

(2) La Pologne a appris le désengagement américain par… Wikileaks! How Obama lost Poland FP 30/07 ; Poland calls « mistake » cooperation with US over missile defense 04/08

(3) US hits out at Europe, Egypt over religious freedoms; nous comparer à l’Egypte, où les chrétiens sont harcelés, violés, leurs églises incendiées, il fallait oser. Parole de Sikh.

(4) Ex-adviser to Putin , Ilarionov says order to attack Georgia was given on August 4th (Soit 4 jours avant le début de la guerre)

(5) Poland wants to build missile defense system with France, Germany Ria 11/08 ; Poland welcomes Romney’s visit, WSJ 21/07

(6) La Grande Désillusion, 2002.

(7) John McCain’s League of Democracies

Comme un air de vacances

En 1789, on prête à l’Autrichienne « Qu’ils mangent de la brioche »

En 2012, progrès de la démocratie, cette mentalité est partagée par une majorité de « citoyens ».

Pardon? J’ai du mal à accepter que ces gens puissent être des « citoyens », détenteurs d’une once de la souveraineté nationale, qui elle-même n’a plus grand chose de « nationale »?

Mangeons donc de la brioche. L’eau au vinaigre, ce sera moins agréable.

Bref éloge de l’hypocrisie

L’hypocrisie, quelle mauvaise réputation! (1) J’aurais aimé prendre sa défense à une autre occasion, mais celle du jour a le mérite de la simplicité, et de mettre à nu les gens dont l’inconséquence leur en fait porter critique.

L’hypocrisie honnie du jour est donc parvenue à mes oreilles distraites par l’émission militante de Sonia Kronlund, Les Pieds sur Terre, sur France Culture. (2)
Pour ceux qui ne la connaissent pas, un bon concept: des témoignages touchants et sincères dans différentes situations sociales, souvent en crise ou au bord de la crise. Concept bien vite gâté par un parti pris 68-ard aussi caricatural que la droite le rêve.

Aujourd’hui, émission dédiée aux travailleuses du sexe du Bois de Boulogne. On notera l’immersion risquée dans un des univers de la prostitution française absolument pas représentative des 80% de praticiennes étrangères, 60% mineures et autant d’exploitées. L’hypocrisie aujourd’hui dénoncée? Celle prêtée à la droite, et à la gauche dans la bouche de Najat Vallaud-Belkacem, de vouloir mettre un terme à une pratique que l’on ne peut que cacher, au prix de l’insécurité des praticiennes.

L’argument se tient, presque. À peine caricaturé, il aboutit à la fin des prisons pour les voleurs qui ne sont que la conséquence des inégalités et à la fin de la lutte contre la pollution car de toutes façons, carpe diem et profit immédiat (Pour prendre deux exemples aux marqueurs idéologiques opposés).

À l’opposé, j’ose soutenir qu’il faille sans relâche postuler que la condition de la femme est souillée par ces pratiques, tout autant que celle de l’homme dont on découvre à peine les dégâts de sa chosification contemporaine sous l’œuvre de la publicité et du constructivisme. (3)

Oui, fixer des idéaux au-dessus de la moyenne de l’être humain est le propre de l’Homme, sa dignité essentielle. Vouloir plus de soi-même ne doit pas être constamment découragé au prétexte de nos faiblesses et de nos échecs. Inversement, les cauchemars utopiques du XXe siècle nous montrent qu’il ne faut pas empêcher les rédemptions, une faute se surmonte, et celui qui a surmonté ses fautes est porté par une force majeure que celui qui n’a jamais fauté (Outre la suffisance qui trop souvent gâte le mérite de ceux qui n’ont pas fauté).

Ne voulons-nous pas mettre un terme à l’esclavage, alors même qu’il se poursuit sous des formes plus raffinées?
Ne voulons-nous pas déminer les pensées racistes, alors que la société multiculturelle amène à des relations humaines multiracistes?
Ne voulons-nous pas le meilleur pour nos enfants, alors-même que nous nous refusons à leur laisser un monde durable?

Ce que porte trop souvent la dénonciation de l’hypocrisie, c’est le crépuscule des idéaux et l’accommodement avec l’état de nature, y compris quand celui-ci est médiocre. Si le premier je dénonce le mépris du réel, ce n’est guère pour l’accepter tel quel comme finalité irréductible, mais bien pour faire de la prise en compte du réel la condition préalable à l’action.

Or avec la dénonciation de l’hypocrisie, nous préparons le terrain à la frustration, née du conflit entre l’acceptation du présent contre les utopies consolatrices qui nous vendent un autre réel.

La théologie chrétienne a eu à traiter cette tension depuis longtemps. Dieu est difficilement saisissable, il nous incite à nous comporter mieux tout en acceptant notre sort par la perspective expiatoire ou compensatoire du paradis. Certains en ont conclu de l’absence de Dieu, de son indifférence, de son injustice. D’autres de la liberté qu’il nous offre de pourvoir à notre avenir par nous-mêmes. Dieu a tout dit. À nous de faire. (4)
L’hypocrisie n’est alors souvent que le mot qui vient à la bouche de ceux qui ont baissé les bras.

En matière de prostitution, je vous invite à lire cet éditorial de Mona Chollet, revue Périphéries. Merci.

(1) Lire le remarquable éloge paradoxal de Dom Juan de Molière, A V s 2, classique du genre.

(2) Les Pieds sur Terre, épisode Les Dames du Bois de Boulogne. Sonia Kronlund a aussi été scénariste du film Raï, où l’on trouve confirmation de l’indigence de sa perception du monde.

(3) Etrange modernité, pour qui il a été plus facile de rabaisser l’homme que d’élever la femme…

(4) J’emprunte ces mots à Rémi Brague.

Du bon et mauvais relativisme

Quand je me considère, je me désole mais quand je me compare, je me console (1)

Le relativiste n’est pas celui que l’on croit. Mode intellectuelle oblige, il a vidé de son sens tout le travail de Claude Lévi-Strauss. (2)

Car loin de tout égaliser par la comparaison, il semble au contraire que plus on regarde vers l’autre, plus on apprend à l’aimer, moins en tant que copie de moi-même déguisé sous les apparats d’une autre culture, qu’en tant que porteur d’autres réponses et parfois d’autres questions.
Et, à force d’admirer cet autre dialogue entre le particulier et l’universel qu’est une autre culture, on en vient à s’aimer. Oui, soi-même, en tant qu’autre composant de la diversité humaine, autre parcelle du génie de l’univers.

Les relativistes qui aboutissent au relativisme aujourd’hui décrié, partisans de l’autoflagellation tout autant que de la xénophilie, font autant de mal à eux-mêmes qu’aux autres.
À eux-mêmes, car à refuser de croire en les qualités de leur culture ils se refusent à la comprendre, à l’amender, à la léguer. Fut-elle moins bonne que la légende le veut, il s’agit là quand même d’une perte pour l’humanité. Et si d’autres de par le monde y adhèrent, peut-être qu’elle…
À eux-mêmes encore, car ils mettent en péril ceux qui y pensent et y vivent, et ne sont pas prêts à effectuer ce saut eschatologique dans le vide, cette si longtemps désirée posture de l’humain faisant abstraction de sa culture pour parvenir à l’objectivité. Laissons cette quête à Dieu, car l’humain sans culture n’arrive qu’à produire de l’inhumain. L’Homme objectif n’est encore qu’une de ces fictions utopiques, utile comme moyen méthodologique de compréhension, mais qui postulées comme fin en soi mènent aux totalitarismes.(3)
À eux-mêmes, mais aussi aux autres. Le préjugé favorable accordé à toute culture étrangère n’est pas l’honorer. Car ce préjugé est motivé en partie par la haine, ou simplement l’indifférence à soi. C’est refuser aux autres cultures une unicité, une exemplaire singularité qui permet de les considérer comme les égales des cultures européennes.
Car là est ce paradoxe, esquissé par Castoriadis, Kolakowski et résumé par Dewitte (4): par ce nihilisme, on continue à accorder à la culture européenne une prééminence. Celle de se prévaloir d’être inutile, et donc d’accéder à l’humain supérieur, neutre. Celui qui n’a pas besoin de culture pour répondre au Mal par le Bien. (5)
Quand en plus on constate que cette europhobie ne s’accompagne que rarement d’un regard curieux pour les autres cultures… Bruno Gollnisch n’est-il pas un meilleur connaisseur des cultures asiatiques, dont le Japon, que l’écrasante majorité de ses contempteurs enragés? Cela, outre de questionner le rapport entre culture et politique, laisse songeur… Être si ouvert au monde, et si peu « relativiste »! (6)

PS: la semaine dernière, Thalassa a rendu justice au peuple Jarawa, dans les Îles Andaman. Pour ceux qui ont raté cette enquête au sein d’un peuple qui n’a pas de contact direct avec l’humanité moderne, au point de ne pas savoir allumer un feu, visionnez-le. Une manière de complexifier sa vision de l’universalisme, et du rapport à l’Autre. L’intégrer et le détruire? Le protéger et lui nier les droits humains les plus élémentaires? (7)

(1) Maxime attribuée à Talleyrand, mais que l’on retrouve sous d’autres formulations jusqu’à… la Bible! Où il s’agit, à l’inverse, de condamner cette attitude qui consiste à regarder pire que soi pour se soulager de ses péchés.

(2) Tristes Tropiques, Race et Histoire ne sont ni les oeuvres xérophiles  maladroitement invoquées par la gauche après les mots d’Yves Roucaute dans la bouche de Claude Guéant, ni à ce point les oeuvres islamophobes comme tendent à le montrer les extraits diffusés par la droite depuis quelques années. Il n’en reste pas moins que dans ses entretiens en fin de vie, l’anthropologue se désole de l’appauvrissement du monde par métissage sur le moins-disant. 

(3) Le totalitarisme n’est pas uniquement un système politique privant l’individu de son individualité, c’est aussi un projet de transformation autoritaire de la nature humaine par le politique. Le scientisme risque ainsi d’être le terreau des totalitarismes à venir.

(4) Dewitte, L’Exception Européenne; Kolakowski, Modernity on Endless Trial , Castoriadis, The Crisis of Western Societies entre autres pour chacun des auteurs cités.

(5) L’abandon de la religion par les sociétés européennes a favorisé cette prétention, autrefois occupée par Dieu. Depuis Descartes, mais aussi Saint-Thomas d’Aquin, tenter de prouver par les voies profanes ce qui est moral a permis de se débarrasser de l’argument d’autorité de celui qui parlait au nom de Dieu. Cet indiscutable progrès a néanmoins  favorisé l’excès inverse: l’affaiblissement progressif de tout cheminement vers le consensus moral, Hegel ayant été peut-être le dernier à en tenter l’aventure. Plus platement, notre époque moderne donne égale dignité à celui qui fait preuve de peu de réflexion qu’à celui qui en fait beaucoup. Le pire et le meilleur à égalité, soit. Mais la prétention à vouloir répondre à ces questions seul, convaincu de pouvoir parler sans lieu de départ… 

(6) Provocation finale, confortée par ces hordes de muséovores qui disent avoir visité une exposition, n’en retiennent rien, et se vantent d’y être accourus les premiers. On leur demande: qu’en retirez-vous? On reçoit: c’était beau, instructif, enrichissant, dépaysant… poncifs auquel il faut répondre: c’est un peu court, monsieur.

(7) Thalassa: http://www.thalassa.france3.fr/?page=archives&id=400&rep=3319 ; youtube: les safari humains organisés par les Indiens.

Les journalistes ne demandent qu’à être flattés

Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose.
Beaumarchais aurait pu transposer cet adage à la flatterie, mais c’eût été démoraliser ce pauvre barbier de Figaro.
Demain, on rase gratis! Oui, tout bon commercial, et les barbiers de l’époque en étaient assurément, savent que toute réclame atteint un minimum son objectif.
Mais s’il est un corps qui apprécie encore plus que le peuple d’être flatté, c’est les journalistes.
Flattons, flattons, il en restera toujours quelque chose.
Ces mots sont à mémoriser pour tout aspirant à une rente médiatique: footballeur professionnel, acteur engagé, humoriste rebellocrate, greluche audiovisuelle, dandy de bac à sable, homme d’affaires déguisé en tiers-mondistes va-nu-pieds, et bien sûr homme politique.

Suite à l’émoi qui a saisi le bas-ventre d’un microcosme journalistique trop bavard sur Twitter, je suis formel: Nicolas Sarkozy a perdu car il a épousé une chanteuse. Et pas une journaliste. Au moins aurait-il pu tromper Carla avec la première carriériste de canapé venue, spécimen malheureusement moins rare qu’envisagé par les féministes de salons de satin. ( je fais référence au licenciement du journaliste Salviac par RTL, suite à son énième chute de style aux dépends de la compagne du président. )
En moins de 140 caractères, c’est dit: lui nous comprend, et nous écoute sur l’oreiller.
Toujours en moins de 140 caractères, une visite à la BNF suffit aux accompagnateurs de l’information officielle pour en conclure à la réconciliation avec l’art. Cette cohorte de la superficialité, faute de temps au mieux, de goût pour la plupart, s’attache beaucoup au verni des choses. Un journaliste embedded, ou in bed pour les plus audacieux, inbred pour leur descendance, aime boire une coupe de vin après une traversée en dix minutes d’une bibliothèque réunissant des siècles de savoir. Au reste, ce sont les mêmes qui plébiscitent le Quai Branly, ce haut lieu de l’humiliation des dignités humaines. On y attire la classe moyenne parisienne -entendez les journalistes, et leurs époux/ses publicitaires, leurs couples sont solides: ils partagent objectifs, et souvent agendas- avec une nouvelle exposition transdisciplinaire. Comprenez: s’intéresser aux Arawaks, ça va bien deux minutes, mais quand est-ce qu’on se regarde le nombril?
Après le cauchemar de Darwin, le cauchemar de Levi-Strauss.
Et revenons-en au cauchemar de Beaumarchais: oui, la flatterie comme la calomnie laisse toujours des traces.
François Hollande commence décidément bien son quinquennat: les journalistes sont moins serviles qu’ils ne sont vaniteux. À bon entendeur.

La gauche doit-elle reconquérir le vote blanc?

1. La gauche est majoritaire dans le vote populaire au second tour, certes. Majoritaire chez les cadres, aussi. Mais elle est minoritaire chez les catholiques, tandis qu’elle est hégémonique chez les musulmans.
Minoritaire chez les français de souche et sans origine extra-européenne, hégémonique chez les français dits « minorités visibles ». (Opinion way, plus de 9000 répondants)

2. La gauche doit ainsi sa victoire à ce peuple nouveau, qui vote à gauche parce qu’il ne veut pas être pointé du doigt, mais qui par son vote montre qu’il se distingue du peuple traditionnel, réponse automatique au doigt pointé. La conséquence et la causalité tournent en rond. (Nouveau peuple : théorisé par Terra Nova, club de réflexion proche du Parti Socialiste)

3. La gauche est le porte-voix d’une noble idée, celle de la nation contractuelle. Le problème, c’est que nouvellement et anciennement venus ne sont pas d’accord sur les termes du contrat.

4. Quand la droite tente de développer un discours assimilateur, elle invite l’immigration récente à franchir la barrière mentale -culturelle aussi pour l’extrême-droite- qui la sépare du corps traditionnel.

5. Quand l’immigration récente vote massivement à gauche, elle invite le corps traditionnel à se faire à l’idée que le trait d’union entre les citoyens n’est pas à trouver dans leurs goûts, mais dans leurs droits.

6. Ces deux visions sont soutenues par deux idées distinctes de la solidarité: elle est naturelle (ou obligatoire) vue de gauche, peu importe les affinités. L’attitude de solidarité suffit à engager la réciproque.
Elle est d’autant plus intense et sincère, vue de droite, qu’elle se fonde sur des opinions communes, des intérêts communs, des valeurs communes, et en définitive une vision partagée de l’avenir.

7. Le hic de la vision de gauche, c’est que la simple existence d’une vision de droite régulièrement majoritaire suffit à invalider le postulat selon lequel les bonnes intentions sont payées de leur monnaie. Pire: en son sein même, des Indivisibles aux associations communautaristes, de la gauche caviar au soutien (relatif) des islamistes, c’est plus le droit à se délier des obligations communes qui grignote du terrain et parasite les esprits. La liberté de l’individu de s’associer à d’autres pour se libérer de certaines contraintes sociales et légales en vient à trahir l’idéal progressiste tel qu’énoncé depuis Rousseau.

8. Le hic de la vision de droite, outre qu’elle se heurte à 60 ans de définition des droits humains -souvent en contradiction de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, cf religion-, c’est de ne pas croire à la bonté spontanée des contractants, ce qui évidemment s’applique aussi à la volonté de s’assimiler. Des lors sa vision repose sur le coercitif, et in fine l’ethnique ou le racial offrent les meilleurs résultats. Et alors, comment empêcher d’autres de raisonner selon le même principe agrégateur? Le refuser, c’est  aller au totalitarisme, et l’histoire des Morisques d’Espagne -ou de ces crypto-Juifs découverts récemment au Portugal- le montre, le soupçon perdure. Inversement, le tolérer c’est accepter ce multiculturalisme refusé au début.

9. Revenons à la politique: comment reconquérir le vote blanc, à gauche? Car à terme, on risque de cristalliser deux peuples. Déjà les critères socio-économiques , religieux et de séparation spatiale sont des déterminants forts du choix de société. Cela veut dire que peuple de gauche et de droite différent dans leurs choix, mais pire, se cotoyent de moins en moins.

10. Ou, autre hypothèse pour éviter la scission: reconquérir le vote coloré par la droite. Quelques pistes: expliciter ce que l’on entend par assimilation; expliciter un parcours d’assimilation; mettre en place l’aide et le soutien nécessaire, sur la base de la gratuité; se mouiller la chemise et aller avec bienveillance à la rencontre de ce peuple nouveau; être intraitable sur la discrimination qui perdure une fois assimilés, et celle qui pourrait compromettre le parcours d’assimilation; pour ne pas susciter des vocations hypocrites, expliciter le sort de ceux qui n’ont pas vocation à s’assimiler, ce qui implique bien sûr la refonte du code de la nationalité; en contrepartie, accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales, mais avec possibilité de recours au préfet quand des politiques contraires à la République sont mises en œuvre.

11. Reconquérir le vote blanc, coloré, et si possible refondre la nation avant qu’elle ne se scinde pour de bon. De droite, j’ai des amis et des connaissances qui ne me parlent plus depuis mon choix électoral. Ça leur passera, mais c’est révélateur. Je suis inaudible, donc inexistant. Inversement, je constate que nombre de compagnons sont indifférents aux mots des populations colorées. Cette attitude aussi est mauvais signe.

Note 1: le sondage complet Opinionway ici

Note 2: les juifs de Belmonte, Portugal ici

Note 3: une étude de l’INED montre que la couleur de la peau est un bon prédictif du choix partisan.

Note 4: l’extrême-gauche communiste avait ceci en commun avec la droite que l’homogénéité des inclinaisons fortifiait le peuple, mais en vue d’éradiquer les injustices. La fin de la lutte des classes, l’avènement de la classe unique en était le parachèvement.